Chroniques & Critiques

Chroniques et Critiques

Pierre Bouyer, pianoforte, Mozart à Vienne, 1783-1785

Mozart à Vienne, 1783-1785

Le Monde de la Musique
Pierre Bouyer offre une interprétation respectant les pleins et les déliés de l’écriture mozartienne par un legato expressif, une clarté sonore, un sens de la nuance, un jeu bien articulé (…). N’étaient les pudiques ornementations et l’utilisation d’un instrument ancien, la conception d’ensemble pourrait s’identifier à celle de Walter Gieseking (…). La mobilité digitale, la souplesse d’intonation rendent très théâtrales les Variations sur une aria de Paisiello (…), avec un esprit ludique proche de l’improvisation.
Michel Le Naour

Diapason
C’est avec brio et sincérité que Pierre Bouyer, qui connaît parfaitement les pianos anciens et milite en faveur du pianoforte, instrument encore trop souvent déprécié, nous fait parvenir dans l’univers mozartien. On appréciera la pureté de son jeu sans sécheresse, mais aussi tout ce qu’il y a de frémissant et de sensible dans son interprétation.
Adélaïde De Place

Classica – Répertoire
Pierre Bouyer (…) pratique un jeu très brillant et expressif, soulignant les phrasés, les contrastes, la rhétorique des textes qui cessent ainsi d’être de la musique « pure » pour devenir de la musique représentative, quitte à se permettre à l’occasion de petites libertés avec les textes, selon l’usage ancien. Cette méthode a quelques avantages, notamment celui de rendre les variations (…) si souvent plates et ennuyeuses chez tant d’interprètes.
Jacques Bonnaure

Pierre Bouyer, Haydn, Sept Paroles, pianoforte.

Haydn, Les Sept dernières Paroles de notre Seigneur Jésus Christ sur la Croix

Diapason
La restitution, par Nicole Tamestit et Pierre Bouyer, de cet arrangement inorthodoxe mais, esthétiquement et affectivement, très défendable est tendue, dramatique, d’une spiritualité aussi passionnée et tourmentée que celle de certains enregistrements pour quatuor….
Jean Dupart

Une lettre d’un mélomane…
Me trouvant dans l’immense hall réservé aux disques classiques chez Virgin (…) j’y fus saisi par les accents plaintifs, très humains, d’un violon assez grave, et du pianoforte (…) je n’avais jamais entendu cette suite en cette sonorité (…) elle me séduisit ; elle m’étonna ; chers grands musiciens, permettez moi de vous féliciter très chaleureusement : votre art de « recréation » est admirable.

Pierre Bouyer, Nicole Tamestit, Mozart, violon et pianoforte

 

Mozart, Violon & pianoforte

Le Monde de la Musique
On aurait tort de ne pas attacher d’importance à ce premier volet d’une intégrale de l’oeuvre pour violon et pianoforte de Mozart publié par un éditeur indépendant. Sur des instruments d’époque (…), la violoniste Nicole Tamestit et le pianofortiste Pierre Bouyer font des miracles de poésie, d’intelligence partagée et de sensibilité accordée (…) Face à la concurrence de Gatti/ Alvini (Arcana), Cohen/Höbarth (Astrée), Bilson/Luca (Nonesuch), sans parler des enregistrements de Kuijken (RCA), les deux interprètes font bonne figure. Ils suivent avec allégresse et sensibilité les pleins et les déliés avec un sens de la ligne et de la pulsation qui n’a rien à envier à Goldberg/Lupu (Decca), voire Grumiaux/Haskil, dans une interprétation moderne. L’excellente présentation du livret témoigne du soin avec lequel cet enregistrement a été réalisé.
Michel Le Naour

Pierre Bouyer, Mozart, pianoforte

Mozart, Paris 1778

Le Nouvel observateur
Un magnifique « Mozart à Paris ». Jacques Drillon

Le Monde de la Musique
Sur une copie d’un pianoforte Stein de 1780, Pierre Bouyer emplit ces partitions de couleurs surprenantes et n’éprouve pas le besoin d’épaissir le trait. (…) Son jeu délicatement articulé révèle des timbres argentés, et ses graves s’enrichissent de toutes les harmoniques oubliées sur les pianos modernes.
Sandrine Khoudja-Coyez

Pierre Bouyer, pianoforte, Mozart à Londres

Mozart, Londres 1764

Le Nouvel observateur
Un jeune Mozart déjà incapable de mal faire. À 8 ans, pas une erreur, pas une faiblesse. Pierre Bouyer est extraordinaire, franc, énergique, clair, sensible, il chante, il est un mozartien né.
Jacques Drillon

Le Monde de la Musique
Pierre Bouyer poursuit l’exploration de l’oeuvre pour pianoforte de Mozart (…). Fidèle aux qualités reconnues dans ses précédents enregistrements consacrés à Mozart, Pierre Bouyer (…) sait tirer de son instrument le relief nécessaire pour faire vivre le discours musical.

Prestige Audio-Video
Le pianofortiste Pierre Bouyer, après avoir enregistré un Mozart à Vienne 1783-1785, qui va bientôt être réédité, nous offre deux autres CD de la même veine, qui pourraient contituer une future intégrale de l’oeuvre de mozartienne pour le pianoforte. (…) Pierre Bouyer a redistribué intelligemment l’ordre des pièces pour mettre ensemble, comme l’aurait dit Mozart, celles « qui s’aiment », créant ainsi sinfonia, sonatine, sonate, serenade, rondeaux, etc. Un parti pris qui n’oublie aucun morceau, y compris les fragments, même lorsqu’ils sont très courts (huit secondes). Yves Canal

Pierre Bouyer, pianoforte Érard, Beethoven,

Beethoven & le pianoforte Érard, Variations & Pièces diverses à 2 et 4 mains, 1803-1806

Europe 1
Sélectionné par Thierry Geffrotin comme CD de la semaine en avril 2008 Le Monde de la Musique La clarté et la virtuosité de P. Bouyer sont remarquables.
Hélène Patrelle

Diapason
Quel plaisir de découvrir Beethoven sous les bois français ! Un son très boisé, âpre comme un cheval fou (…) Pour cette double curiosité et le plaisir qu’elle procure, il faudra faire l’acquisition de ces disques.
Marc Dumont

Classica – Répertoire
Le programme est passionnant (…) ce CD, par sa musicalité (…) est à recommander sans réserves à tous les beethovéniens.
Philippe van den Bosch

Pierre Bouyer, pianoforte, Beethoven, Waldstein

Beethoven, 1803-1806 — Trois sonates

Le Monde de la Musique
Son lyrisme tendre, ses propos badins sont (…) appréciés avec le timbre du pianoforte viennois, (…) chaleureux et intimiste. Le thème initial de la Sonate « Appassionata » est pareillement bien rendu. Le brio et la luminosité du premier mouvement de la « Waldstein » (…) sont parfaitement restitués.
Hélène Patrelle
Diapason
Bouyer se joue de toutes les possibilités des instruments, les carresse, ou les violente, fait entendre le meilleur de chacun. Écoutez le jeu de pédale dans le premier mouvement de la « Waldstein », amenant des couleurs inattendues, poétiques et mystérieuses, comme dans toute la sonate.
Marc Dumont

Le Midi Libre
Le parcours original que propose Pierre Bouyer est fait pour les amoureux de Beethoven. Après le Beethoven et le pianoforte Érard, où il jouait avec Sophie Liger une douzaine de pièces, dont plusieurs variations, il sort un nouvel enregistrement Beethoven Sonates Waldstein, Appassionata, toujours consacré à la période 1803-1806, mais sur pianoforte viennois. Pour piquer l’intérêt, il reprend l’Andante favori interprété sur l’instrument français. On peut aimer l’esprit du premier et son ambiance « salon », ou préférer la résonance du deuxième, ses réponses franches, ses graves, les contrastes qu’il autorise. On aime la générosité dans la Waldstein, le « goût »» sûr de son Adagio, et aussi, dans l’Appassionata, la couleur et le sens de l’action. Si toutes les voies mènent à Beethoven, elles rencontrent forcément, à un moment, les chemins du pianoforte. Des interprétations enthousiastes, scrupuleuses, du grand compositeur. Michèle Fizaine

Pianiste
Beethoven reprend son image prométhéenne.
Thomas Herreng

Classica – Répertoire
Une expérimentation sonore étonnante (…) avec le jeu particulièrement emporté et volcanique de Pierre Bouyer, les sonates « Waldstein » et « Appassionata » sonnent de manière totalement ahurissante, préfigurant parfois même Edgar Varèse. La confrontation des deux instruments passionnera les amateurs de pianoforte, et ceux qui méditent sur les rapports entre instrument et composition.
Philippe van den Bosch

Pierre Bouyer, pianoforte Érard, pianoforte Streicher, pianoforte Fazioli, Schumann, Phantasie opus 17 & Kreisleriana opus 16,

Schumann sur trois pianoforte — Phantasie opus 17 & Kreisleriana opus 16

Classica
****

Pianiste
Master Est-ce à l’instrument de dicter ses lois ? Ou bien doit-il se plier aux exigences conceptuelles de l’interprète ? Dans le petit essai que contient un épais boîtier métallique, Pierre Bouyer – en un mélange subtil de modestie (devant certains grands schumanniens du passé) et d’orgueil (son entreprise ne manque pas d’ambition : enregistrer par trois fois les Kreisleriana et la Fantaisie) – reconnaît avoir une conception différente de la même œuvre suivant qu’il joue sur son Erard (1837), un Streicher (1856), ou un Fazioli (1995). Si la musique, elle, ne change pas (encore que les Kreisleriana soient proposées dans trois versions différentes), la variable induite par l’instrument altère considérablement le toucher et le ressenti auditif : une sorte de perfection classique est atteinte avec le très viennois Streicher : clarté polyphonique et lisibilité du discours musical fuient l’excès au profit d’une exploration de la demi-teinte. A l’opposé, la “machine de guerre” Erard impose son grandiose ferraillement, fait gicler ses aigus d’une grande richesse harmonique. Lorsque s’installe le claudicant rythme iambique de “Schnell und spielend”, c’est comme si le piano, aussi, rendait son dernier soupir. Mais on ressent le pianiste plus libre avec le Fazioli, dont chaque note s’investit d’une charge émotionnelle prégnante ; ici, plus aucune trace de lutte avec l’instrument. Malgré quelques réserves portant sur une liberté agogique tirant trop, par moments, la musique de Schumann vers le convulsif, la réalisation de Pierre Bouyer constitue une passionnante expérience, dans la droite ligne d’un Demus ou d’un Badura-Skoda. Les Etudes symphoniques, déclinées selon le même principe, devraient paraître en mai.
Jérémie Bigorie

Classique news
Tel un artisan pianofortiste, Pierre Bouyer aborde le répertoire schumannien avec un grande exemplarité, en dévoilant l’esthétique de trois mécaniques aux champs esthétiques si opposés : l’honnêteté de la démarche sert évidemment le compositeur romantique car à chaque mécanique répond sous les doigts de l’interprète, une nouvelle cohérence musicale … Sur 3 claviers différents et minutieusement choisis (en outre chacun parfaitement présenté et documenté dans l’abondante notice du coffret), passant de l’un à l’autre avec une honnêteté historique idéalement argumentée, le pianofortiste Pierre Bouyer travaille à révéler ce qui fonde ce romantisme filigrané d’un Schumann profondément schizophrénique: Eusebius et Florestan à la fois, d’une versatilité qui finit par dissoudre l’unité de l’esprit (mais pas la profondeur ni l’hypersensibilité de l’âme, bien au contraire…). Diffraction du matériau musical (entraînant la pensée même du musicien… ou richesse insondable d’un génie polymorphe ? Voilà une question passionnante que le geste en 3 claviers successifs pose d’emblée, outre la recherche tout aussi critique sur le style, la facture et la recréation interprétative abordés dans ce coffret passionnant à maints égards. La démarche est d’autant plus troublante en définitive que l’instrument le plus récent (grand piano de concert Fazioli et sa mécanique imposante) dont nous sommes les plus familiers, est a contrario le moins légitime : Schumann ayant certainement davantage connu et éprouvé la palette sonore et les possibilités expressives comme techniques des deux claviers historiques plus anciens : deux pianoforte, Erard 1837 (collection du musicien) et Steicher 1856: occasion de comparer aussi à travers la digilité de l’interprète, les performances spécifiques entre les mécaniques française (moderniste et visionaire) et viennoise (raffinée mais passéiste). On sait l’exultation que ressentait Schumann vis à vis de son propre corps, trop étroit dont il souhaitait changer ainsi qu’il l’a écrit ; le parallèle avec la versatilité du musicien dans le choix alternatif des instruments souligne évidemment la faculté du compositeur romantique à varier les formes, passer d’un état à l’autre, tendresse, ivresse, oubli et nostalgie certes mais aussi d’une mesure à l’autre, violence, rudesse, âpreté : autant de vertigineux contrastes que les instruments d’époque cisèlent avec un naturel captivant. Selon un phénomène mieux connu à présent grâce à l’approche de plus en plus fréquente, de mieux en mieux argumenté, sur instruments historiques, ce que l’interprète perd en définition, caractère, finesse, intensité, mordant, il le gagne en puissance, rondeur, éloquence chatoyante (Fazioli). L’apport est immédiatement plus séduisant mais le geste perd certainement en acuité expressive, précision dynamique, intimité ou pudeur flexible. Une rondeur séduisante assez uniforme ne finit-elle pas ici par lasser ? Le plus honnêtement possible, Pierre Bouyer à travers les histoires différentes des trois claviers retrouve et fait émerger la puissance formidable des Kreisleriana, leur versatilité permanente, leur flux sanguin, cet écoulement instable et souvent imprévisible, en cela très bien servi par l’appareillage sensible et si présent des claviers historiques dont l’esthétique va à l’encontre de la neutralité des pianos modernes. Ce qui frappe immédiatement dans cette lecture historique et d’époque, c’est la présence matérielle des équilibres sonores dont la fluidité approchée par le pianiste sait faire murmurer le chant intérieur schumannien dans les plages les plus introspectives et rêveuses du compositeur Eusebius (Kreisleriana 3 et 4). Ici jouer les Kreisleriana dans leur version originelle de 1838 sur le Streicher viennois de 1856 éclaire le flux facétieux plus que dramatique, la couleur de la mobilité souveraine grâce au toucher subtile et sa réponse immédiate. L’écriture gagne en volubilité enfantine (Kresileriana 8). D’une ampleur orchestrale, la sonorité de l’Erard s’accommode parfaitement de la version révisée des Kreisleriana de 1850: le Streicher pointait le relief et l’âpreté de chaque touche, l’Erard atteint une sonorité naturellement plus puissante liée à sa mécanique moins agile et légère ; d’emblée, c’est le corps de la mécanique qui se dévoile (son  » grandiose ferraillement  » comme l’explique très bien le claviériste dans son livret, porteur de nouvelles possibilités) avec une éloquence et un souffle généreux très impressionnant qui ferait passer Kreisleriana 1 tel un vaste portique, une déclaration de conquête plutôt qu’un doux chant de confession. Mais les graves sont magnifiques et les mediums très élargis, sombres et profonds (est-ce dû au ravalement par Pleyel? il aurait été intéressant de préciser l’apport acoustique et musical de la restauration…). On comprend que les pianistes romantiques parmi les plus grands : Liszt, Clara et donc Robert Schumann (avant de s’y casser les doigts) l’aient immédiatement adopté. Que même Liszt en ait conçu sa propre esthétique mystique ascensionnelle, du lugubre vers les cimes lumineuses. Du coup les sections plus intimes (plus chopiniennes que lisztéennes ?) manquent de subtilité flexible justement, le caractère physique de la machine Erard s’accordant mieux à l’abattage rythmique des épisodes portés par l’emportement du compositeur Florestan. Mais ce supplément de brume et de pâte sonore font aussi les délices de Kreisleriana 2 dont les étagements produits par l’interprète conduisent au rêve tout autant. La fluidité et l’égalité des registres proposée par le Fazioli fait immédiatement entendre les modulations harmoniques, la succession des constructions polyphoniques en un flux d’une prenante acuité. On y recherche en vain tout ce caractère et cette présence mécanique des claviers anciens : irrégularités, frottements, sécheresse aiguë di timbre, succession tuyautée, bruit des touches… Tout ce en quoi la mécanique « parle »… Ce Fazioli est une véritable Rolls : profondeur des graves, cœur palpitant des medium et aigus ronds et perlés… L’amateur des instruments historiques certes impressionné par cette mécanique rutilante au grand luxe sonore, recherche plutôt néanmoins les aspérités et tout ce fourmillement d’accents et nuances inattendus du Streicher et de l’Erard. L’écoute successive des trois pianos s’avère passionnante : elle souligne sans l’épuiser la thématique centrale chez Schumann de la disparité aérienne (ou liquide c’est selon la sensibilité de chacun) et de la liberté poétique (magistralement évoquée ici dans le choix pertinent du triptyque de la Phantasie opus 17 dédiée à Franz Liszt (1836-1838). Tel un artisan pianofortiste, Pierre Bouyer aborde le répertoire schumannien avec un grande exemplarité, en dévoilant l’esthétique de trois mécaniques aux champs esthétiques si opposés : l’honnêteté de la démarche sert évidemment le compositeur romantique car à chaque mécanique répond sous les doigts de l’interprète, une nouvelle cohérence musicale (avec toutes les questions esthétiques et interprétatives qui en découle par comparaison). Pour les praticiens et les passionnés de jeux pianistiques, l’interprète ajoute dans le coffret de 3 CD une notice abondante, moins sur l’écriture schumanienne et l’esthétique des œuvres choisies que sur la culture du mélomane discophile, offrant un panorama de l’histoire de l’interprétation au XXème : l’autorité de Horowitz, le lyrisme d’Arrau, la puissance émotionnelle de Kissin, la liquidité recréative d’Argerich, la culture d’Andras Schiff, l’actualisation de Mikhail Pletnev… à chacun de jalonner l’histoire de son propre goût grâce aux perspectives à la fois critiques et esthétiques que propose Pierre Bouyer. Artistiquement accomplie et d’une vertu pédagogique rafraîchissante, la démarche du pianofortiste saura séduire perfectionnistes comme curieux en phase de découverte ou d’approfondissement.
Ernst Van Bek

Crescendo
Ce coffret s’adresse à un public très large. Aux amoureux de Schumann, aux inconditionnels de ces deux œuvres phares du compositeur, aux mélomanes intéressés par les interprétations sur instruments d’époques et surtout aux passionnés d’écoutes comparatives. Pierre Bouyer, l’un des précurseurs de la redécouverte du pianoforte en France a eu la riche d’idée d’enregistrer deux grandes œuvres de Schumann sur trois pianos complètement différents. Un pianoforte Érard datant de près de la composition des œuvres (1837), un Streicher de 1856, l’année de mort de Schumann et un Fazioli de 1995, piano moderne par excellence. De plus Pierre Bouyer nous propose trois versions des Kreisleriana :la première, la révision quelques années plus tard et une version qui mélange les deux. Autant d’éléments qui permettent de pousser très loin son interprétation et son approche différente pour chaque instrument. Ce beau coffret métallisé offre également trois petits livrets écrits par le pianiste racontant la genèse de ce projet, l’histoire des œuvres et une explication complète des diverses possibilités de ces trois pianos. Bref, Pierre Bouyer connaît son sujet sur le bout des doigts… Il est intéressant de remarquer que chacun de ces trois disques pourrait faire l’objet d’une vente séparée tant leur qualité intrinsèque est remarquable. La première version des Kreisleriana sur piano Érard nous montre bien à quel point Bouyer est à l’aise sur ce type de pianoforte. D’ailleurs, c’est un piano de sa collection particulière. Il le connaît à fond et réussit à en faire ressortir toutes les richesses harmoniques, chose plus difficile sur un piano moderne. La différence est frappante. Quelles couleurs dans ce piano Érard qui bien sûr n’a pas la puissance du Fazioli ni son homogénéité… Comme il le dit bien, le progrès fait que l’on gagne sur un plan mais que l’on perd sur un autre. Le jeu de Bouyer est plus spontané dans le Érard, plus improvisé, ce qui convient parfaitement pour ces deux pièces de Schumann. Paradoxalement on le sent plus à l’étroit sur le Fazioli même si tout y est. Non pas qu’il manquerait de puissance ou autre mais peut-être a-t-il plus l’habitude d’exploiter toutes les possibilités de pianos plus anciens. La version sur le Streicher de 1856 gagne en puissance par rapport au Érard mais perd en qualité sonore, le son se fait plus sec, moins chatoyant. Le jeu et l’interprétation de Bouyer sont toujours d’une très grande qualité et d’un grand respect du texte. On sent qu’il ne s’est pas lancé dans ce périple sans s’être renseigné sur les diverses interprétations du passé et même d’aujourd’hui. La lecture du livret le confirme. Bouyer s’est confronté aux grandes versions du passé (Horowitz, Arrau, Cortot, Gieseking…) et peut sans fausse modestie se dire que « ses » versions peuvent figurer aux côtés des plus grands grâce aux qualités intègres de son jeu et à l’intéressant projet de confronter ces œuvres intemporelles sur trois pianos différents. Enfin, Pierre Bouyer, on s’en rendra à l’écoute de ces trois disques (attention aux oreilles sensibles aux diapasons !), fait partie de ces pianistes qui ne cristallisent pas une interprétation et possèdent un jeu vivant sans cesse en renouvellement.
François Mardirossian

Le Nouvel Observateur
Dans un coffret métallique, genre boîte de havanes, trois CD, accompagnés de tas de livrets, plus ou moins épais, reprennent les deux mêmes œuvres, jouées sur trois pianos différents : un Erard de 1837, un Streicher de 1856, et un beau grand Fazioli de 1995. On passe de l’un à l’autre, on revient, on erre, on ne sait quoit choisir. Car chaque piano ne porte pas seulement sa sonorité, mais détourne l’interprétation, l’incline dans sa direction propre. De l’influence de la matière sur la pensée !
Jacques Drillon

Anaclase
Deux chefs-d’œuvre de Schumann successivement interprétés sur trois instruments différents – pianoforte Érard 1837, fortepiano Streicher 1856 et pianoforte Fazioli 1995 –, historiquement très justifiés, sous les doigts du même pianiste : voilà qui permet de ressentir profondément quelles couleurs essentielles, et pas toujours perceptibles, amène un instrument dans la restitution d’une œuvre.
Laurent Bergnach

Pizzicato
Ce coffret est quelque chose de très spécial. Un des fortepianistes français les plus expérimentés, Pierre Bouyer, joue deux œuvres de Schumann, ‘Kreisleriana’ et ‘Phantasie’ sur trois pianos différents, un Erard de 1837, un Streicher de 1856 et un Fazzioli de 1995. Plusieurs livrets accompagnent cette production, contenant d’exhaustives informations sur Schumann et ses états d’esprit, les œuvres et leurs éditions (dans le cas de Kreisleriana), sur l’évolution des pianos en général et sur les instruments choisis en particulier. Le mélomane désireux de comparer les sonorités est donc guidé avec, à sa disposition, un bagage des plus solides.

Le Quotidien du Médecin
Le pianiste Pierre Bouyer tente et réussit le pari de jouer les mêmes œuvres de Robert Schumann sur trois instruments différents, plus précisément les “Kreisleriana” opus 16 et la Fantaisie opus 17, qui ne sont pas les œuvres les plus évidentes à réaliser sur un piano Fazioli et des pianofortes Erard et Streicher. On ne dévoilera pas notre choix, chaque version ayant ses hauts et ses bas, mais il s’agit d’une expérience passionnante, qui devrait se poursuivre bientôt avec un autre monument schumannien, les “Etudes Symphoniques”.
Olivier Brunel

Pianobleu
À découvrir : ce coffret de trois disques de deux chefs d’œuvre de Schumann successivement interprétés sur trois instruments différents, un forte-piano Erard de 1837, un forte-piano Streicher de 1856 et un piano Fazioli de 1995, sous les doigts du même fortepianiste / pianofortiste / pianiste, ou claviériste, ce qui est plus simple quoique on assimile souvent ce terme aux claviers numériques, Pierre Bouyer, qui a déjà été remarqué par ses précédents enregistrements (une dizaine) sur pianoforte mais c’est ici la première fois qu’il joue sur un piano moderne. Pierre Bouyer fut l’un des tout premiers claviéristes français à se passionner pour le forte-piano, après des études pianistiques “classiques” avec Yvonne Lefébure et Charles Lilamand et la découverte précoce du clavecin grâce à Antoine Geoffroy-Dechaume…. Le coffret est métallique, ce qui fait que les disques, de caractère historique d’ailleurs, résisteront à l’épreuve du temps, et il est vraiment très beau et solide (mais quand donc les labels qui persistent à le faire cesseront-ils de réaliser des coffrets en plastique qui se cassent une fois sur deux… ? Vice le carton ou si cela le justifie comme ici, le métal !). Il renferme également plusieurs livrets soit plus de 56 pages de texte en français uniquement (disponible dans d’autres langues). Certains musiciens disent “pianoforte” et d’autre “forte-piano” : c’est le terme choisi par Pierre Bouyer dans son livret, et par contre il appelle le piano actuel “pianoforte” (pour parler italien, mais pas seulement : vous pourrez voir ses explications à ce sujet en fouillant sur son site internet)… On peut dire aussi piano ancien et piano moderne ce qui paraît plus simple à comprendre par les novices, et d’ailleurs Pierre Bouyer utilise parfois ces mots dans son livret…. Mais pour être précis voici les instruments utilisés par Pierre Bouyer tels qu’ils sont mentionnés dans le livret… : – Un forte-piano ERARD de 1837, à peu de choses près l’année de composition de ces œuvres – “Très apprécié par le compositeur, Érard, avec un instrument exactement contemporain des œuvres, représente l’avenir français du piano”. – Un forte-piano STREICHER de 1856, année de la mort de Schumann, et très proche de la révision qu’il avait faite de certaines de ces œuvres (les Kreisleriana sont proposés sous leurs deux formes par Pierre Bouyer) – Un pianoforte (pour parler italien) moderne (1995) FAZIOLI, grand piano de concert, que Pierre Bouyer considère comme le meilleur piano actuel (et d’autres pianistes aussi paraît-il…. Et d’autres mélomanes aussi !). Il s’agit d’un instrument particulier, “Magico Merlino” toujours conservé au siège de Fazioli, près de Venise où l’enregistrement a été réalisé. Dans les trois copieux livrets, Pierre Bouyer accompagne ses enregistrements d’une réflexion originale sur l’histoire, l’esthétique et l’avenir de l’interprétation qu’il serait beaucoup trop long de synthétiser ici. Avant écoute, il semble utile de rapporter cette remarque de Pierre Bouyer : “Avec le recul, j’ai constaté, lorsque j’ai réécouté mes enregistrements et choisi les diverses prises, que j’aurai sans doute pu caractériser davantage les possibilités du piano moderne et l’esthétique nouvelle qu’il pouvait induire. Il est certain que mon interprétation a été conditionnée par ma pratique très constante des instruments historiques, et que j’ai simplement transposé au piano moderne ce que m’avaient suggéré les pianos anciens. Une autre attitude aurait sans doute amené des différences plus spectaculaires, mais moins sincères, elle aurait transformé mon rôle d’interprète en celui de démonstrateur”…. Autre réflexion importante aux sujet des interprètes sur piano moderne : “je pense que dans beaucoup de cas, ces artistes recréent un monde nouveau auquel Schumann ne pouvait pas tout à fait penser, mais qui est contenu en filigrane dans son œuvre”. Il est important effectivement de mesurer la passion sincère de ce musicien, ainsi que le montrent ses autres propos : “Pour préparer un enregistrement tel que celui-ci, j’ai soigneusement écouté plusieurs dizaines de versions plus ou moins disponibles en enregistrements vendus dans le commerce”. Enfin, il faut savoir que sur le site du label vous trouverez en ligne d’une manière plus exhaustive encore que dans le livret ses notes concernant chacun des enregistrements… ainsi précise-t-il : “Bien entendu, concernant les pianistes actuellement vivants, je limite mes commentaires aux aspects positifs et/ou à une réflexion générale sans critique négative. Néanmoins, si comme je l’espère, le présent texte et les enregistrements qu’il accompagne donnent l’envie d’approfondir cette question de l’approche d’une œuvre sous les éclairages très variés d’interprétations différentes, j’espère que ces notes pourront guider certains mélomanes à la découverte de quelques merveilles qu’ils auraient peut-être ignorées….”
Agnès Jourdain

Musikzen
Les pianos ont une âme, le Dr Bouyer le confirme Schumann, en trois essais et trois pianos Plutôt trois fois qu’une. C’est ainsi que Pierre Bouyer exécute les Kreisleriana op.16 et la Phantaisie op.17 de Schumann, sur deux “fortepiano” – un Erard de 1837 et un Streicher de 1856 – et un “pianoforte” Fazioli de 1995. Le premier est sombre, c’est un puits d’harmonies. Le second est à l’opposé : un son clair, une mécanique toute en agilité. Le troisième est à la croisée des deux, alliant puissance et richesse harmonique, plus proche du second que du premier. Que restera-t-il de cet exercice ? Que l’interprétation d’une même œuvre est la rencontre d’un homme et d’un instrument, qui peut tourner au combat titanesque (et ici, Erard domine l’homme), à la subtile complicité (avec le Streicher) ou à l’harmonie inattendue (avec le Fazioli). Hormis l’hégémonique Steinway, quelle injustice pour ces pianos, héros anonymes de tant de programmes de concert et d’enregistrements. Dans ce triple CD, Pierre Bouyer souligne combien les pianos ont une âme, et combien, contrairement aux instruments à cordes, leurs richesses n’est pas fonction du nombre d’années. Une seconde livraison est attendue. Quels en seront les acteurs ? Un Bechstein, adulé par Debussy ? Un Bösendorfer, instrument fétiche de Liszt ? Le dernier Pleyel « Peugeot » ? Voilà une belle initiative de Pierre Bouyer, abondamment documentée par des livrets pour passionnés.
Albéric Lagier

La Jaune et la Rouge
Une superbe idée Schumann Comparer des interprétations d’une même œuvre, plaisir de l’amateur hédoniste, suppose une écoute attentive. Mais il existe un plaisir plus raffiné encore, et aussi plus éclairant : écouter l’interprétation d’une œuvre donnée par le même interprète sur des instruments différents. C’est l’idée de génie qu’a eue l’excellent pianiste Pierre Bouyer en enregistrant les Kreisleriana et la Phantasie opus 17, de Schumann, successivement sur trois pianos : un pianoforte Erard de 1837, contemporain de Schumann qui aimait cet instrument ; un pianoforte Streicher de 1856, sommet de la mécanique viennoise de l’époque, et le plus récent – et le plus sophistiqué – des pianos modernes, un Fazioli de1995 . Les Kreisleriana (dédiés à Chopin) et la Phantasie (dédiée à Liszt) sont sans doute les deux chefs d’œuvre de la musique pour piano de Schumann ; ils mettent en jeu tout le clavier du piano, toutes les nuances du pianissimo au fortissimo, ils font appel à tous les touchers, de la percussion à la Bartok à l’effleurement presque suggéré. Et si vous écoutez vraiment, vous découvrez que les pianofortes évolués recèlent dans le médium et les aigus des trésors d’harmoniques qu’occulte le piano moderne, qu’en 20 ans au 19ème siècle le pianoforte a fait des progrès déterminants, permettant plus de virtuosité et des touchers plus subtils, enfin que le piano moderne auquel nous sommes habitués constitue un compromis entre les exigences techniques des pianistes et le désir d’un son riche en harmoniques de l’auditeur éclairé. Les trois disques sont présentés dans un coffret métallique et accompagnés d’une riche documentation sur les pianos et leur évolution, ainsi que, sur le site internet diligencemusica.com, des propositions, pour les pianistes, de doigtés, de conseils et des notes d’écoute.
Jean Salmona
Diapason
Glissés dans un coffret métallique, ces trois disques proposent deux chefs-d’œuvre interprétés sur trois instruments : un Erard cordes parallèles, double échappement, cadre serrurerie de 1837, un Streicher de 1856, cordes parallèles, simple échappement, cadre serrurerie, et un Fazioli de 1995. L’éditeur les présente, hélas sommairement, dans l’un des trois petits livrets joints, qui renferment également une étude très intéressante de Pierre Bouyer sur l’interprétation schumanienne au cours des âges et des commentaires sur les œuvres jouées. Précisons que l’opus 16 est décliné dans sa révision de 1850 (Erard), dans la première édition de 1838 (Streicher) et dans une version “mixte” (Fazioli). Une première remarque : la prise de son du Érard ne rend pas vraiment compte de l’instrument qui devrait avoir plus de présence qu’ici. Celle du Streicher manque elle aussi de proximité. Néanmoins le viennois sonne d’une façon plus fine que le Erard, piano difficile à capter tant il est sombre et rocailleux. Le Fazioli chatoie, ses harmoniques éclaboussent tout, mais la fusion des registres ne se fait pas, à la différence des pianos anciens qui, pour avoir des “registres” très différenciés, n’en ont pas moins du grave “dans l’aigu”, de l’aigu dans le grave et…. du médium dans les deux. Si Pierre Bouyer a voulu illustrer ce que la nature de chaque instrument pouvait “prédéterminer” dans son jeu, c’est un peu raté : à part quelques écarts ponctuels de tempos, on finit par oublier l’expérience pour s’immerger dans la sonorité typique des trois claviers, en oubliant celui écouté juste avant ! Bon musicien, bon pianiste, lecteur attentif, Pierre Bouyer ose une démonstration qui serait autrement éloquente si elle était fragmentée, explicitée : manque donc un quatrième disque, making of des trois autres.
Alain Lompech

RADIOS FRANCE MUSIQUE / LES OREILLES SENSIBLES (David Christoffel)
FRANCE MUSIQUE / CHANGEZ DE DISQUE ! (Emilie Murena)
FRANCE MUSIQUE / LE MAGAZINE (Lionel Esparza)
EUROPE 1 (Thierry Geffrotin)
RADIO SHALOM / A PORTEE DE VOIX (Frédéric Hutman)
L’émission est disponible sur le site www.porteedevoix.com
RADIO COURTOISIE / AUDITEURS & MUSICIENS (Didier Rochard)
RCF NANCY JERICO / SORTEZ LES VIOLONS (Bernard Niedda)
IDFM ENGHIEN LES BAINS / BALLADE MUSICALE (Bernard Ventre)
RADIO COTEAUX / LA SYMPHONIE DES NOTES (Patrick Martinez)

Pierre Bouyer, pianoforte Nicole Tamestit, violon, Beethoven, Mederitsch, Cramer, Eberl, Kleinheinz

Répertoire violon & pianoforte, 1799-1801

Classica
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Vers 1800, Beethoven et Haydn n’étaient pas les seuls compositeurs actifs à Vienne. D’autres obtinrent de francs succès, mais les contemporains savaient en général distinguer le génie du talent. Le présent CD oppose aux Sonates pour violon et piano op. 23 et 24 de Beethoven, composées et publiées en 1800-1801, quatre ouvrages viennois ou presque de la même époque. Précisons tout de suite que l’interprétation, due à deux artistes ayant fait leurs preuves, est excellente : en témoigne le délicat mouvement central de l’opus 23. Qu’en est-il des musiques qu’on nous invite à découvrir ? Johann Baptist Cramer (1771-1858) et Anton Eberl (1765-1807) ne sont pas des inconnus, et ont déjà eu les honneurs du disque. Le premier, connu surtout pour ses sonates pour clavier seul et dont le port d’attache était l’Angleterre, fut le rival de Beethoven comme pianiste, le second, également grand pianiste, faillit l’être comme symphoniste au moment de l’Eroica. La sonate en la majeur de Cramer allie la virtuosité et l’élégance à une technique pianistique sûre, on pourrait peut-être la jouer sans violon. Ce n’est pas le cas de celle en ré mineur d’Eberl, parue à Vienne et à Leipzig, plus ambitieuse, globalement plus “début XIXème”. Le nom de Franz Xaver Kleinheinz (1765-1832), un des nombreux élèves de Albrechtsberger, figure dans très peu de dictionnaires. Sa sonate en mi bémol, d’esprit classique, s’impose par son très bel Adagio. Johann Mederitsch, dit Gallus (1752-1835) dédia à Haydn en 1802 des quatuors avec fugue. Sa Sonate (ou Caprice) en la mineur est une courte pièce d’esprit libre sachant retenir l’attention. On ne peut que saluer un tel programme et ceux qui l’ont conçu, mais on regrette que l’important matériau de présentation soit si peu maniable.

Marc Vignal

BEETHOVEN ET SES CONTEMPORAINS À LA MODE BAROQUE
Le 9 octobre 2013 par Jean-Luc Caron

Ceux qui apprécient les qualités affichées par le pianoforte et par une interprétation rigoureuse de la musique préromantique et romantique dégusteront un pur moment de félicité à l’écoute de deux sonates pour violon et piano de Ludwig van Beethoven : la Sonate en la mineur, op. 23, n° 4 et la Sonate en fa majeur, op. 24 n° 5 dite « Le Printemps ». Un second CD  nous permet  de découvrir une partie peu fréquentée du répertoire conçu pour ce duo au cours des années 1799-1801. Les pièces de Beethoven  étaient tout à fait contemporaines des productions retenues de Johann Baptist Cramer, Anton Eberl et Franz Xaver Kleinheinz. Est-il vraiment nécessaire de souligner le fossé stylistique existant entre les œuvres universelles de Beethoven et celles plus datées de ses collègues, doués certes, mais indiscutablement moins géniaux et largement redevables de la période précédente, celle du classicisme viennois. Si l’interprétation de Beethoven se caractérise par une  certaine austérité, un manque d’émotion et une rigidité interprétative, l’exécution des autres pièces, bien moins connues, semble poser moins d’interrogation quant à la carence de coulant, de rondeur, de beauté intrinsèque. Néanmoins, le travail présenté par Nicole Tamestit (violon) et Pierre Bouyer (pianoforte) s’avère en adéquation avec les qualités de leurs instruments et leurs choix interprétatifs. L’un et l’autre totalisent de nombreuses réalisations soulignées positivement par bien des commentateurs et auditeurs. Leurs enregistrements constituent une intéressante invitation à faire connaissance et à découvrir un répertoire majoritairement entendu autrement. Avec eux, devient possible  une immersion passionnante dans l’ère beethovénienne et péri-beethovénienne alors que le piano n’avait pas encore partout détrôné le pianoforte et que l’exécution de la majorité des partitions de musiques de chambre s’attachait à ne pas s’éloigner d’une sévérité consentie, d’une sobriété acceptée voire d’un ascétisme cultivé.

ET ENCORE…
Les Schumann, outre l’originalité du projet, sont vraiment très bien. Cette entreprise rare a l’immense mérite de faire comprendre tout ce que le choix d’un instrument peut apporter à des œuvres aussi connues, dont on découvre à chaque fois de nouveaux aspects.  Je dois ajouter que vous êtes vous même, quel que soit l’instrument, un pianiste hors pair. Pour les sonates de Beethoven et de ses contemporains, c’est un peu la même chose et l’on voit bien que l’interprétation sur ces instruments renouvelle notre approche loin de toute rhétorique post-romantique qui est de règle quand on interprète les sonates pour piano et violon de Beethoven. La mise en parallèle des sonates de Beethoven et des autres compositeurs est pleine d’enseignements sur ce qui appartient en propre à Beethoven et ce qui fait partie de l’air du temps. Quoi qu’il en soit, ce sont des initiatives profondes et intelligentes et j’espère que vous continuerez.  C’est de la belle musicologie et de la bonne musicologie – les textes de présentation sont passionnants. Bien cordialement
Jacques Bonnaure Critique à “La Lettre de Musicien” et à “Classica”

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Pierre Bouyer, pianoforte, Beethoven, Les années 1800 : la juvénile maturité

Beethoven — Les années 1800 : la juvénile maturité

Classica-Répertoire
Beethoven impertinent ou caricaturé De la réponse à cette question découlera l’appréciation de cette lecture décapante. La verdeur, l’âpreté des sonorités des instruments d’époque ne constituent pas un contresens dans les trois oeuvres de jeunesse judicieusement regroupées dans ce disque. (…) Gravé à la Villa Médicis, le présent enregistrement stupéfie par la qualité irréprochable de sa réalisation, manifeste dans l’équilibre parfait qui règne entre les trois complices. Dans les trios, la richesse des sonorités du pianoforte — un splendide Schanz de 1805 — se marie à merveille avec les timbres chaleureux et du violoncelle. Tempi fulgurants, arêtes rythmiques tranchantes, sonorités éblouissantes et parfois insoupçonnables restituent le brio et la verve juvénile des mouvements rapides. Quant aux mouvements lents, ils se nimbent de reflets poétiques et mystérieux tout aussi fascinants que ceux obtenus par le Trio Guarneri avec Pascal Moragues. Éblouissantes, ces interprétations — les premières sur instruments d’époque — offrent une nouvelle jeunesse à ces partitions. Signalons également la qualité et l’originalité du livret d’accompagnement.

Jean-Noël Coucoureux